Qui aurait pensé qu’en 2024, un RPG aux commandes et graphismes des années début 80, aurait non seulement sa place dans le monde des jeux vidéo, mais en plus offrirait une expérience unique ? Dans un marché saturé de jeux AAA aux graphismes réalistes, mais avec une longévité de maximum 5 à 10 heures, SKALD : Against the Black Priory est le résultat d’une passion pour les horreurs cosmiques de Lovecraft et les RPG de style Ultima.
Présentation et histoire
Développé par le jeune studio High North Studios et financé en partie par le crowdfunding, SKALD : Against the Black Priory est le fruit de l’ambition d’Anders Lauridsen. Un programmeur habitué à être un maître de jeu des jeux de rôle « papier et crayon » (exemple Donjons et Dragons). Le jeu a bien entendu également été développé en collaboration avec de talentueux artistes et autres programmeurs.
Anders Lauridsen a développé le moteur graphique SKALD. Ce afin d’être une base sur laquelle il pourra développer les règles RPG pour ses futurs jeux. Notez que les règles du jeu sont une version simplifiée de Donjons et Dragons, les vétérans de cette licence reconnaîtront pas mal de points communs avec ce dernier.
SKALD : Against the Black Priory utilise une interface RPG rétro des années 80 en 2D. Ceci avec une vue isométriques et aux graphismes pixelisés. D’ailleurs, tout comme les jeux qui l’ont inspiré.

L’univers du jeu tourne autour de la fantasy. Son histoire est un amalgame de thèmes des livres de H.P. Lovecraft comme L’Appel de Cthulhu, et Le Roi en Jaune de Robert W. Chambers. Sachant cela, les images, bien que pixelisées et l’histoire sont pour un publique averti. Nous ne sommes pas dans un monde où les thèmes abordés se limitent simplement à la mort et le sang, mais les mutilations, horreurs cosmiques et autres violences psychiques infligées sont au premier plan.

« Les règles de SKALD sont une version simplifiée de Donjons et Dragons«
Le joueur incarne le fils/la fille d’un maître d’arme d’un puissant seigneur, qui l’embauche afin de retrouver sa fille. Cette dernière récemment disparue dans une archipel. Notre objectif égaré étant l’amie d’enfance du protagoniste, le joueur accepte donc la mission. Il embauche au passage des mercenaires pour naviguer vers l’archipel, et sauver son amie. Il ne faut pas longtemps pour voir que cette mission ne sera pas facile, et des horreurs par au-delà de l’imagination infestent le chemin du héros.
Gameplay
Au lancement du jeu, le joueur créé son personnage d’un classe prédéfinie, d’un archétype familier des jeux Fantasy. Le joueur choisi ensuite les caractéristiques primaires tels que la force et l’intelligence, ses compétences passives et finalement alloue ses points de compétences actives comme ses attaques et sorts. Rien de compliqué ou révolutionnaire pour quelqu’un habitué aux RPGs modernes.
Il existe trois niveaux de difficultés, avec la possibilité de configurer certains éléments pour les plus exigeants d’entre nous. Néanmoins, même la difficulté maximale n’était pas très difficile, si on fait un peu attention à l’équilibrage de sa compagnie d’aventuriers.
Le joueur peut contrôler jusqu’à six personnages dans sa compagnie, mais sur l’écran, un seul de ces personnages n’est visible. Lorsque le combat au tour par tour s’engage, le joueur devra déployer ses gens sur le champ de bataille. Chaque personnage et ennemi prend son tour dans l’ordre, selon son initiative. Chaque personnage de la compagnie possède initialement un nombre de case possible de trois cases, ainsi qu’un point permettant soit d’avancer une case supplémentaire, soit utiliser une compétence d’attaque.
Les environnements sont bien fournis en détails, comme des colonnes et autres meubles. Néanmoins la visibilité et la couverture ne rentre pas en compte lors des combats, seulement la proximité entre les combattants. Cela rend les engagements plus simples, mais basiques par rapport à ce que quatre décennies de gaming nous ont habitué.

« Skald: Against the Black Priory est le résultat d’une passion pour les horreurs cosmiques »
En dehors des combats, l’exploration des emplacements offre l’opportunité d’accomplir des quêtes principales et secondaires. Les dialogues et exposition des environnements se font via des fenêtres de dialogue, narrés comme un maître du jeu d’un jeu de rôle papier et crayon, mais rien d’auditif. Il sera également nécessaire de faire des tests de compétences comme par exemple : la persuasion, l’athlétisme ou la connaissance arcanique.
Le niveau maximum étant de 20, on les atteint d’ici la fin de l’histoire sans farmer les attaques aléatoires rencontrées dans la carte du monde de manière abusive. Le « build » final que l’ont souhaite avoir est d’ailleurs atteint autour du niveau 15, les niveaux supplémentaires ne sont que garniture si l’on veut.
Les derniers éléments à noter concernant la boucle de jeu sont : le repos et le crafting. Le crafting englobe la cuisine et l’alchimie. La cuisine est nécessaire pour les phases de repos pour récupérer les points de vie et les points de mana (ici atténuement). En ce qui concerne l’alchimie, celle-ci est à utiliser pour les potions en tout genre comme des du soin ou de protection.

Points positifs de SKALD : Against the Black Priory
Il est difficile de parler de « beaux graphismes » quand on le compare à beaucoup d’autres jeux modernes. Il existe d’autres titres « modernes » aux graphismes primitifs tels que Minecraft, Undertale, Starbound ou encore Project Zomboid qui sont fortement appréciés par les gamers. Ces jeux ont tous un point commun, un élément attractif qui attache les joueuses et joueurs au long terme malgré les graphismes datés. Pour Skald: Against the Black Priory, cet élément là est la vision artistique de son créateur.
Ce jeu est clairement un projet « passion« d’un maître de jeu expérimenté. Chaque aspect comme la musique, le style artistique, l’histoire et l’écriture sont des bijoux qui méritent le détour. Les combats, bien que simplistes comparés aux attentes modernes, sont accompagnés d’une musique vivante, et l’action se déroule toujours dans des environnements aux couleurs vives et détaillées. L’histoire est digne de ses inspirations de H.P. Lovecraft et Robert W. Chambers. Là où les forces du bien se battent contre l’inéluctable approche du néant cosmique.
La meilleure expérience que j’ai eu avec ce projet, est inévitablement l’absorption de mes émotions dans ce monde. Lire les livres parsemés dans les bibliothèques et les journaux d’aventuriers au bord de la mort, ou simplement cuisiner un repas autour d’un feu de camp en se rappelant des évènements de la journée. Des choses qui ressemblent à beaucoup de RPG, mais pour quelqu’un qui peut se projeter mentalement dans ce monde détaillé, cette personne peut se voir dans la peau des anciens gamers qui ont ouvert le pas pour les jeux du 21ème siècle.
Il est aussi important de noter que le jeu se termine facilement. En effet, comptez entre 25 et 30 heures, de quoi avoir une très bonne longévité pour environ 18 EUR.

Points négatifs de Skald: Against the Black Priory
Le manque de contrôle qualité est évident, mais pas pour le manque de polissage du code et chasse aux bugs. Je n’ai pas rencontré de bugs, mais plutôt des fautes d’orthographe. Il n’y en néanmoins pas assez que cela soit gênant.
Les deux plus gros points négatifs que l’on peut objectivement reprocher, sont les sorts inutiles et la manière abusive que l’on puisse voler des marchands sans conséquences.
Précision sur les sorts. Ces derniers sont soit arcaniques, soit divins. Certains sorts ne servent à rien et d’autres sont surpuissants et rendent les combats « trop faciles« . La fortification des statistiques se fait aisément à l’aide des potions. Les sorts qui étourdissent, et donc empêchent les ennemis de prendre leur tour, sont facilement utilisables à répétition (moyennant mana/atténuement). Malheureusement, trop peu d’ennemis sont immunisés.

Conclusion
SKALD : Against the Black Priory est un RPG qui nous ramène à une époque qui a ouvert la voie au gaming moderne. Clou du spectacle, l’écriture est digne de celle d’un écrivain chevronné qui nous projette dans un monde fantastique. Est-ce que cela veut dire que c’était mieux avant? Pas forcément, mais il y avait clairement une passion qui enflammait les créateurs enfermés dans un petit bureau de banlieue. C’est une passion qui se perd dans le but d’encaisser des dizaines de millions afin d’amortir les millions investis dans le développement d’un jeu AAA. Les choses changent, mais certaines personnes continuent de faire vivre la passion. Anders Lauridsen est un de ces artistes.
L’histoire et le mystère de l’inconnu sont le coeur de ce jeu. Les secrets de l’univers sont impénétrables et horrifiantes et tous ce que nous pauvres mortels pouvons faire avec notre compréhension limitée, c’est de repousser notre fin quelque peu, contre une puissance immortelle qui ne nous remarque même pas.
Le jeu est disponible pour environ 18 EUR sur Steam.
